Le petit garçon qui cherchait

Posted under Ado,Adulte by Al Chimie on Samedi 28 juillet 2012 at 08:52
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Le petit garçon qui cherchait la petite bête

Le petit garcçon qui cherchait la petite bête

Conte pour adulte

 

Dégun (personne) ne sait plus son nom. Ce dont on se souvient, c’est que depuis qu’il était en âge de parler, ce petit garçon-là avait la manie de discuter.

- Arrête de chercher la petite bête, lui disaient ses parents, ses amis !

Sans succès ! Quoi qu’on lui dise, il fallait qu’il discutât. Mieux, il disait à ses parents, à ses amis :

- Quand je serai grand, vous verrez, j’irai la chercher vraiment, la petite bête. Vous verrez, vous verrez qu’un jour, eh bien je la trouverai !

À dix-huit ans, il partit pour le Canada. Il se fit chercheur d’or, dans l’état du Manitoba ! Il vécut parmi les ours et les castors, trappant, pêchant le saumon. Au bout de dix ans, un soir d’automne, en contemplant la rivière teintée de sang couler entre deux forêts d’érables pourpres, les truites grosses comme la cuisse sauter pour happer les mouches et les sauterelles avec de grands éclats rubis, il se dit :

- J’ai cherché, cherché, je suis presque devenu ours parmi les ours ; je ne l’ai pas trouvée, la petite bête !

À vingt-huit ans, il partit pour l’Amérique du sud. Il vécut dans la pampa, en devint le plus riche propriétaire. Au bout de dix ans, comme il se tenait à cheval face à la cordillère des Andes, il vit l’herbe se coucher, devenir marine. Il contempla les nuages noirs qui se brisaient sur l’Aconcagua, l’orage qui fondait sur lui. Il se dit :

- J’ai cherché, cherché, je suis devenu le plus riche propriétaire de toute la pampa ; je ne l’ai pas trouvée, la petite bête !

À trente-huit ans, il partit pour l’Afrique. Il devint un spécialiste des parlers mandingues. Le dioula, le bambara, le malinké n’eurent plus de secret pour lui. Il écrivit des thèses comparatives, il devint Mandingue parmi les Mandingues. Au bout de dix ans, en contemplant les livres qui occupaient les quatre murs de sa bibliothèque, il se dit :

- J’ai cherché, cherché, je suis devenu Mandingue parmi les Mandingues, les parlers dioula, bambara, malinké n’ont plus de secret pour moi ; je ne l’ai pas trouvée, la petite bête !

À quarante-huit ans, il partit pour l’Australie. Il vécut dans le grand désert Victoria. Il devint un spécialiste des malures – les fauvettes australiennes. Il courut les oasis, écrivit des thèses comparatives sur le chant des malures à tête fauve, des malures à pattes jaunes, des malures à queue noire, des malures à grosses… boules ! Au bout de dix ans, en écoutant les malures zinzinuler, en regardant les kangourous sauter parmi les eucalyptus nains, il se dit :

- J’ai cherché, cherché, je sais reconnaître le chant d’une malure à tête fauve, d’une malure à pattes jaunes, d’une malure à queue noire, d’une malure à grosses… boules ; je ne l’ai pas trouvée, la petite bête !

À cinquante-huit ans, il partit pour la Birmanie. Il devint pirate. Il eut jusqu’à trente bateaux, trois cents hommes sous ses ordres, quarante femmes expertes à satisfaire le moindre de ses désirs érotiques, un palais immense sur un îlot rocheux, entre les îles Préparis et les îles Cocos. Au bout de dix ans, en contemplant ses quarante femmes alanguies autour de lui, les trente bateaux dodeliner, au loin, par la fenêtre, il se dit :

- J’ai cherché, cherché, je suis devenu pirate parmi les pirates, le premier d’entre eux ; je ne l’ai pas trouvée, la petite bête !

À soixante-huit ans, il partit pour le Tibet. Il devint moine. Il trouva la sérénité. Un soir, qu’il avait adopté la position du lotus, qu’il méditait nu, que le ciel de jade se délayait et devenait laiteux en caressant la terre, que le soleil couchant ourlait d’un délicat liséré doré la silhouette du Nyechen-Tanglha et du Transhimâlaya, que l’ombre des géants déchiquetés se faisait lavande, que le dernier rayon embrasait le dernier contrefort ensoleillé, que la neige d’or coulait pour mêler ses eaux à celles des brumes de vieil ivoire qui montaient des vallées, qu’il entendait sourdre tout en bas le son des clarines des yaks, celui des pretintailles des hémiones, pendant que le chant des trompes, des moulins à prière lui parvenait du monastère, derrière son dos… (Il y a des moments, comme ça, où on sait que Dieu existe !) Eh bien, c’est là qu’il l’a trouvée, la petite bête, en se grattant les… boules !

Et clic et clac, mon histoire est finie !

 

 

 

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Un commentaire »

  1. Comment by Amedar — 31/08/2012 @ 17:58

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